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Conforme

Puisqu’en ville il n’y a plus grand monde qui cultive son jardin,
J’essuie la vile Iliade en franc monstre qui poursuit son dessein.
Fantassin mutin d’une triste armée sans nom qui fustige le coquin.
Félin témoin d’une brise fanée dans l’ombre, qui éblouit le souverain.

Quand je sors dehors, c’est toujours ciblé.
J’vais rarement dans les endroits où ils veulent mes gros billets.
Ego brisé, terroriser, être opprimé, est beau qui l’est.
Quand je dors, mon corps est tout fou, si c’est
Vrai, rien de tout mou, tu peux voir mes crocs briller.
Égaux prisés, terreau, risée, être haut, primer, est beau qui l’est.

Se conformer à la norme, c’est échapper à la vie.
Se condamner à la mort, c’est s’en sortir.
Ceux qui ont formé la norme sont tous horribles.
Ce con damné à mort est encore pire.

Sinon s’en accoutumer. Ne plus voir le sang agglutiné ;
Ne plus faire d’échanges, à butiner.
Ne plus saisir sa chance, à lutter.
Le sens me coule du nez, je n’ai plus de temps pour roupiller.

Depuis

Depuis que je vise le ciel, je ne vais plus très bien ;
Et quand je regarde en arrière, je vois s’effacer le chemin.
J’ai vu s’exclamer les vieux singes.
J’ai plus de temps à perdre avec ces pieuses timpes.

Depuis que je prie le ciel, je suis plus serein ;
Et quand ma tombe sera sous terre, je crois qu’j’aurais gagné le Malin.
Sache que c’est pas sensas’ sans Sartre.
J’claque ça car ça ne réfléchit même pas dans les facs.

Depuis que je crie dans le ciel, je ne vais plus très bien.
Et quand je m’enfonce plus bas que terre, je dois m’abandonner au destin.
J’me fais une raison, la majorité des gens sont trop cons.
Juste des rois de l’inaction, j’m’en vais loin de leur prison.

Depuis que je vis dans le ciel, je vais plus que bien ;
Un simple regard sur Terre, et je vois s’échapper le matin.
Qu’est-ce qu’il faut sacrifier pour que j’me barre de là ?
J’ai vu s’esclaffer les Dieux pour moins que ça.

Travail(le)

J’travaille sur mes beaux projets à paraître.
Qu’est-ce que tu fais ici loin de ton maître ?
Tu n’peux pas débouler ici si t’es un traître.
P’t-être que j’peux bouger d’ici par la fenêtre ?
Qu’est-ce que je fais ici à part être ?
Qu’est-ce que tu fous ici à paraître ?

Tu m’embarrasses, j’veux
Pas de ta crasse, j’veux
Pas de tes liasses, j’veux
Pas de ta chiasse.

J’veux, j’veux
J’veux des billets de banque
Pour pouvoir les brûler ;
J’veux pas voir les sirènes blanches
Avant d’pouvoir briller.

J’vais au taf sans mes gros projets.
Mais qu’est-ce que je fais ici près de ton maître ?
Tu ne peux pas débouler ici si t’es un traître.
P’t-être que je peux bouger d’ici par la fenêtre ?
Qu’est-ce que je fais ici à paraître ?
Qu’est-ce que tu fais ici à paraître ?

Tu m’examines, j’veux
Pas de ta cyprine, j’veux
Pas de ton fils, j’veux
Pas de ta pisse.

T’es pas vieux mais t’es déjà courbé.
Passez-moi l’feu que j’les fasse tous cramer.

Dernier niveau

J’ai souvent préféré la cour de récréation à vos cours et à vos leçons.
C’est surtout au lycée que la courbe s’est inversée dans l’fond.
Sur le pavé, j’avance avec détermination ;
Sur le papier, je suis responsable de ma création.
Je serai moi-même à n’importe quel prix,
Avec ou sans money, j’ai plein d’envies.

Je ne compte plus les désintégrations positives,
Maintenant je veux vivre.
Donc je vis ma vie en vis-à-vis de vous,
Si tu ne comprends pas mes rimes,
C’est qu’elles te plient le cou.
Je me suis mis à genoux en équilibre,
J’oscille entre gouffres et sommets,
Au fond j’y prends goût avant le grand sommeil.

Je démarre dynamique car je maîtrise la dynamite ;
Quoi t’as pas compris ? J’ai de l’empathie dans mon cartable ;
Cadeau tragique car le parcours n’est ni facile ni confortable.
Les cartes sont sur la table, je cours vers la cible.

J’ai trouvé ma propre voie tout seul,
J’ai écouté ma petite voix toute seule ;
J’ai atteint l’harmonie,
Conscient de mes décisions bâties
Sur une hiérarchie choisie.
Mes expériences sont intenses, ressenti accru,
Perception puissante, tu n’y as pas cru.
J’ai développé des aptitudes spécifiques,
T’es écœuré par ma perception magique,
Poétique, et tragique.

Je suis en lutte, mais plus avec moi-même,
Je ne fais plus que ma crème.
Ils resteront dans une intégration primaire,
Il ne m’en restera qu’un goût amer,
Il ne me restera qu’à faire l’amour à ton esprit,
Car il n’y a plus de corps ici.

Creare

Mes paupières s’ouvrent et déjà le flot de pensées me recouvre
D’un voile de poussière qui se dévoile après un autre rêve de pierre.
J’ai vu la fin s’approcher et j’erre.
Je ne sais pas si j’ai tort de croire qu’hier est déjà mort.
Je me souviens avoir posé mon regard sur ce dernier instant,
Assistant sans méfiance au présent croupissant.
Dehors, j’entends le chant des oiseaux ; mais bientôt
Une musique triste s’immisce et m’envoûte sous la voûte.

Voilà un moellon plongé dans un puits sans fond où l’adieu tombe en disgrâce,
Parce qu’une succession de saisons s’enfuit dans la nuit de glace.
S’éloigner, c’est cesser d’exister peu à peu et renoncer au désaveu.
Revoilà une partie de moi qui s’offre à toi qui demeure en tout lieu et à toute heure.
Je sais que tu as peur, mais sache que la solitude de l’esprit envahit aussi mon cœur.
Je l’ai appris au cours d’une morne stupeur antérieure
Qui subsistera bien au-delà de cette sinistre esquisse.

Pourquoi est-ce que je me perds systématiquement hors du temps ? Pourquoi est-ce que je persiste ainsi en fantaisiste assis sur la frise ?
J’insiste parfois avec allégresse, m’éloignant d’une certaine paresse.
Il paraît qu’il ne reste presque rien de magique dans ce quotidien tragique.
Le soleil mélancolique se lève et enlève le doute critique qui s’égoutte :
Le liquide tacite s’est écoulé et j’ai pu m’arrêter pour créer.

 

Sédition

Univers sans maître, ni stérile, ni fertile.
Ma résolution raisonnée doit résonner.
Grand ressentiment retentissant qui ne baigne
Ni dans la haine, ni dans le mépris.

J’inspire et j’expire.
“Tout ou rien. Tous ou personne”.
Mais le Malin m’emprisonne. Ce chagrin t’empoisonne.
Chacun des grains forme un mont plein de vie,
Formation d’un monde infini qui vient la nuit,
Au péril de la suite ou de la fuite.

Enfin, je crois que c’est l’heure.
Je souris pour ne pas que tu vois que je pleure.
Ma révolte enfante des valeurs.
Je suis comme Max Scheler.

Vas-y, fais le grand saut, ne fais pas autre chose.
Vas-y, change de chaîne et regarde la même chose.
Vas-y, fais le grand saut, ne fais pas autre chose.
Ils ont beau changer leurs chaînes, ils restent les mêmes clones.

Ton suicide me sidère si bien que j’hiberne
Hors de l’hiver en voyageur perdu dans un monde étranger
Dans un corps étranger, dans un sens étranglé.
Dans vingt ans j’ai trop de blé, mais toujours révolté.

Si j’fais du vélo, je vais pédaler trop vite.
Si tu fais du vélo, tu vas pédaler dans l’vide …
J’vais pas me lever tôt pour te regarder sans vie.
Je dis : “non”, et j’compte pas échapper à l’absurdité
De ma condition ; j’ai ma mission, elle est l’expression
La plus pure d’une liberté retrouvée, retroussée
Sous un masque d’espoir ;
Car la révolte n’est plus un droit, mais un devoir.

Tobias

Je suis condamné à poser des questions rhétoriques
À des types horribles qui pèsent dans l’vide.

Si je n’te confère rien c’est qu’j’sais
Que tu n’y comprendrais rien, ô frère humain !

Toujours dans un coin, presque invisible,
Mais surtout indicible en ton sein.
J’ai pas l’choix : t’es maladroit.
Il fait si froid, j’ai mal aux doigts ;
J’ai un bras endolori que j’lève en silence,
Dans mon esprit pétri d’impatience.

Je compte des points sur vos fausses conversations
Pour passer le temps, belle illusion me jetant en témoin …
Il faut bien s’amuser ; toi, tu n’as pas idée …
Oh non … tu n’as pas idée, non tu n’as pas d’idées.

Ils sont excellents et pourtant
Ils ont choisi la banalité,
Trop occupés à regarder leurs peurs
Et à se comparer sans cœur.
Il faut s’entraîner sans traîner sous
Peine de s’enterrer sans intérêts.
Sans sourciller, j’en pleure
Car c’est l’heure de me détacher de vous.

Tu n’as qu’un seul jeton, dans l’fond
Loin des lions est la compassion.
J’exige qu’en égoïste tu t’intéresses à moi
Qui me dit altruiste à chaque fois
Que je corrige le litige par foi.
Maintenant que je comprends que la plupart du temps,
La majorité des gens meurent de leur vivant.

Rouler

Imagine-moi en train de rouler …
Est-ce que je dois t’attendre ?
Dis-moi, est-ce que je dois t’attendre ?
Ou est-ce que je dois rouler seul ?

Oui, je crois que je dois rouler seul.
Mais je t’attendrais ; oui, je t’attendrai …
Jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour toi.
J’essaye juste de t’aider, ne le vois-tu pas ?

Alors je continuerai à rouler seul,
En t’attendant à nouveau.
J’attendrai le prochain créneau,
Mais je continuerai à rouler.

Oui, je crois que je dois continuer à rouler
Jusqu’à ce que je ne puisse plus m’aider.
Seulement car je serai trop épuisé.
Et en haut, j’atteindrai le renouveau :

Ce sera comme je l’ai toujours rêvé
J’aurai crevé, mais ce sera beau.

Secousse hypnique

Dès l’matin, révolution sidérale ;
Le Malin veut briser mon idéal.
Réaction viscérale, pensées abyssales.
J’m’habille sale après l’erreur initiale.
Dehors c’est médiéval : que des vassaux
Qui croient viser haut … les idiots !

J’ai mal pour tous les marginaux
Qui luttent contre les marauds impériaux.
Là, rien d’impeccable, cocktail létal ;
L’heure fatale est si brutale.
Loi martiale, cœur glacial.
J’inhale, et ça m’est égal, paradoxal …

L’opprobre ordonne une dignité déguisée
Pour que les Hommes cautionnent la calamité.
Pendant qu’ils mitonnent, je m’isole et je m’immole.
Je griffonne pour ceux qui déraisonnent.
Ma besogne détonne et occasionne des dommages irréversibles.
C’est tangible et crédible, bien qu’abstrait et pénible.

Imprévisible, il m’est impossible d’abandonner le cri inaudible.
Passible de Bastille, car nuisible à l’Invisible.
Tous sont corruptibles, car trop peu sensibles.
Ils veulent faire taire le majeur en l’air,
Matraqueurs d’un monde égalitaire qui couve sous la cendre.
C’est à s’y méprendre. Marre d’attendre, et voilà que je dois apprendre à redescendre.

Double illusion

Dans la nuit sombre, il s’arme en un éclair, éclairé par deux lampadaires qui le caresse.
Son ombre sabre sciemment le souci de choisir.
Est-ce ainsi qu’il sait qui saisir
Dans l’espérance d’une tendresse endormie ?

Le visage s’étend, car il déteint
Sur ce qui s’éteint dans le silence.
Enfin, l’écrin s’anime de milles manies.
Manant mené à mal qui n’en
Demandait pas tant, et pourtant
Le chant du rossignol s’entend.

Pourquoi est-il là ? Il ne sait pas.
Bien qu’il l’ait toujours su, il ne sait plus.

Stupeur candide, qu’on dit stupide ;
Sincère aveu parfois sans saveur,
Car le cœur s’avère fourvoyé en
Fou voyant l’amour où il ne siégeait pas.

Grand fracas franchi franchement,
Sans déchanter, en dilettante.