Category Archives: Bohème

Siège

Je me consume,
Pendant qu’ils se consolent
En consommant.
Tout est si lent
Dans le silence

Omnium omniprésent,
Homologué par les omnipotents.
Si la farce paraît factice,
Elle fabrique néanmoins les Hommes dans l’éternel
Depuis presque trop longtemps,
Tronquant la frêle senteur naturelle
Contre une pelle de malices
Pour le moins tranchante.

Si abscons d’assumer la faim,
Je suis bien trop cynique pour y mettre fin ;
S’il ne reste plus rien,
Laissons tout au Malin.

En orphelin,
J’hallucine d’être un avec toi ;
Enfin,
Se prélasser sur le toit.
Puis, nous pourrions éveiller la lanterne ;
Lutter comme deux zèbres ;
Se poursuivre dans l’ombre d’une caverne ;
S’enferrer allongés dans les ténèbres.

Immensité gênante, eau troublée,
En attendant que l’on s’harasse et crève.
Si l’on ne concourt plus dans cette immonde régate,
En ce monde, personne n’est là pour le relever.
Lève les bras et grogne,
Rêve de l’approche au fond du lac ;
Domine et cogne
Pour réduire la cité à une profonde fièvre.

 

Novlangue

À l’aube, on s’adapte à l’époque ;
En inapte éclopé, presque apôtre ;
J’fume pas de clope mais …
J’porte, à l’affût, en secret.

Les cours m’auront appris à apprendre ailleurs.
Bienvenue dans la réalité orwellienne,
Danse de l’absurdité humaine,
Ou de la complaisance taciturne d’ailleurs.

Marketons le terrorisme pour légitimer la surveillance ;
Soyons “attentifs ensemble”, tuons l’empathie en avance.
Pas de problème, même sans étiquette je me promène,
Je professe loin de leurs promesses.

Saisir l’épée, puis le sceptre.
Brandir la paix pour tous les siècles ;
Avenir à venir,
Je peux l’observer sans fuir.

Une fissure s’est trouvée entrouverte.
On l’aperçoit perçante comme un spectre.
En dilettante, j’inspecte
Pendant qu’eux siègent sur leur siège.

Monde en carton

À nouveau, l’essence s’anime et s’aligne,
Tout se liera bientôt en ces lignes.
Le chaos quotidien s’éclipse
Pour une symphonie si subtile.
Les violons et le piano,
Le champ des oiseaux en leur sillon ;
Les voix d’anges planant au-dessus, si haut !
Chefs d’orchestre d’une ordonnée lamentation,
Divinement élégante de tension.

Dix minutes de méditation, céleste équilibre ;
Enfin libre. Probité de l’action ;
Et qui le sait pourchasse toujours cette poésie.
Oui, je ne le nie,
L’autonomie la génère sans permission.
En face : des ex-individus,
Perdus sans mère mission.
Aucune sincérité ne siègera jamais crue
En terre du démon.
Les masques ne trépassent
Qu’à l’arrêt pentu
De ce monde en carton.

Depuis

Depuis que je vise le ciel, je ne vais plus très bien ;
Et quand je regarde en arrière, je vois s’effacer le chemin.
J’ai vu s’exclamer les vieux singes.
J’ai plus de temps à perdre avec ces pieuses timpes.

Depuis que je prie le ciel, je suis plus serein ;
Et quand ma tombe sera sous terre, je crois qu’j’aurais gagné le Malin.
Sache que c’est pas sensas’ sans Sartre.
J’claque ça car ça ne réfléchit même pas dans les facs.

Depuis que je crie dans le ciel, je ne vais plus très bien.
Et quand je m’enfonce plus bas que terre, je dois m’abandonner au destin.
J’me fais une raison, la majorité des gens sont trop cons.
Juste des rois de l’inaction, j’m’en vais loin de leur prison.

Depuis que je vis dans le ciel, je vais plus que bien ;
Un simple regard sur Terre, et je vois s’échapper le matin.
Qu’est-ce qu’il faut sacrifier pour que j’me barre de là ?
J’ai vu s’esclaffer les Dieux pour moins que ça.

Travail(le)

J’travaille sur mes beaux projets à paraître.
Qu’est-ce que tu fais ici loin de ton maître ?
Tu n’peux pas débouler ici si t’es un traître.
P’t-être que j’peux bouger d’ici par la fenêtre ?
Qu’est-ce que je fais ici à part être ?
Qu’est-ce que tu fous ici à paraître ?

Tu m’embarrasses, j’veux
Pas de ta crasse, j’veux
Pas de tes liasses, j’veux
Pas de ta chiasse.

J’veux, j’veux
J’veux des billets de banque
Pour pouvoir les brûler ;
J’veux pas voir les sirènes blanches
Avant d’pouvoir briller.

J’vais au taf sans mes gros projets.
Mais qu’est-ce que je fais ici près de ton maître ?
Tu ne peux pas débouler ici si t’es un traître.
P’t-être que je peux bouger d’ici par la fenêtre ?
Qu’est-ce que je fais ici à paraître ?
Qu’est-ce que tu fais ici à paraître ?

Tu m’examines, j’veux
Pas de ta cyprine, j’veux
Pas de ton fils, j’veux
Pas de ta pisse.

T’es pas vieux mais t’es déjà courbé.
Passez-moi l’feu que j’les fasse tous cramer.

Tobias

Je suis condamné à poser des questions rhétoriques
À des types horribles qui pèsent dans l’vide.

Si je n’te confère rien c’est qu’j’sais
Que tu n’y comprendrais rien, ô frère humain !

Toujours dans un coin, presque invisible,
Mais surtout indicible en ton sein.
J’ai pas l’choix : t’es maladroit.
Il fait si froid, j’ai mal aux doigts ;
J’ai un bras endolori que j’lève en silence,
Dans mon esprit pétri d’impatience.

Je compte des points sur vos fausses conversations
Pour passer le temps, belle illusion me jetant en témoin …
Il faut bien s’amuser ; toi, tu n’as pas idée …
Oh non … tu n’as pas idée, non tu n’as pas d’idées.

Ils sont excellents et pourtant
Ils ont choisi la banalité,
Trop occupés à regarder leurs peurs
Et à se comparer sans cœur.
Il faut s’entraîner sans traîner sous
Peine de s’enterrer sans intérêts.
Sans sourciller, j’en pleure
Car c’est l’heure de me détacher de vous.

Tu n’as qu’un seul jeton, dans l’fond
Loin des lions est la compassion.
J’exige qu’en égoïste tu t’intéresses à moi
Qui me dit altruiste à chaque fois
Que je corrige le litige par foi.
Maintenant que je comprends que la plupart du temps,
La majorité des gens meurent de leur vivant.

Rouler

Imagine-moi en train de rouler …
Est-ce que je dois t’attendre ?
Dis-moi, est-ce que je dois t’attendre ?
Ou est-ce que je dois rouler seul ?

Oui, je crois que je dois rouler seul.
Mais je t’attendrais ; oui, je t’attendrai …
Jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour toi.
J’essaye juste de t’aider, ne le vois-tu pas ?

Alors je continuerai à rouler seul,
En t’attendant à nouveau.
J’attendrai le prochain créneau,
Mais je continuerai à rouler.

Oui, je crois que je dois continuer à rouler
Jusqu’à ce que je ne puisse plus m’aider.
Seulement car je serai trop épuisé.
Et en haut, j’atteindrai le renouveau :

Ce sera comme je l’ai toujours rêvé
J’aurai crevé, mais ce sera beau.

 

Inspiré par Jhené Aiko – Wading.

Secousse hypnique

Dès l’matin, révolution sidérale ;
Le Malin veut briser mon idéal.
Réaction viscérale, pensées abyssales.
J’m’habille sale après l’erreur initiale.
Dehors c’est médiéval : que des vassaux
Qui croient viser haut … les idiots !

J’ai mal pour tous les marginaux
Qui luttent contre les marauds impériaux.
Là, rien d’impeccable, cocktail létal ;
L’heure fatale est si brutale.
Loi martiale, cœur glacial.
J’inhale, et ça m’est égal, paradoxal …

L’opprobre ordonne une dignité déguisée
Pour que les Hommes cautionnent la calamité.
Pendant qu’ils mitonnent, je m’isole et je m’immole.
Je griffonne pour ceux qui déraisonnent.
Ma besogne détonne et occasionne des dommages irréversibles.
C’est tangible et crédible, bien qu’abstrait et pénible.

Imprévisible, il m’est impossible d’abandonner le cri inaudible.
Passible de Bastille, car nuisible à l’Invisible.
Tous sont corruptibles, car trop peu sensibles.
Ils veulent faire taire le majeur en l’air,
Matraqueurs d’un monde égalitaire qui couve sous la cendre.
C’est à s’y méprendre. Marre d’attendre, et voilà que je dois apprendre à redescendre.

Individualisme

Tu te crois vraiment différent ?
Hein ? Non, mais … vraiment ?

Les belles créatures sont trop fragiles
Pour ce monde, c’est immonde ;
C’est innommable, mais probable
Que tu préfères le comptable.
Retombe sans la fronde ;
Sang – à fond ; sens l’affront
(Dans ta tombe) ; au plafond, je prends l’allonge.

J’suis Sibylle, je jubile ;
Tu joues plus là, mon cran te sèche, ah !
Chaque jour, je m’améliore
Sans toucher l’or ;
Je corrobore et je perfore …
Même : je performe.

Dehors, détériorez mon amour
Avec préjugés et haine ;
Faut que je fasse ce qu’ils disent
Ou je ne sortirai jamais de l’asile ;
T’es un vrai facteur, tu ne peux
Voir ma valeur ; t’es vieux,
C’est l’jeu, t’es pieux, c’est l’heure
Vu que t’as peur, tu m’effleures.

Mais j’sais que tu as quelque chose
De bon et de beau caché au fond de toi …
Comme j’sais qu’j’ai quelque chose
De sombre et de chaud en moi …
(On est fait l’un pour l’autre)
Fais le tour et ne te cache pas pour toujours

Ou tu finiras alcoolique en boite ;
Travaille tes failles et tes forces
Dans les entrailles, entre les chocs,
VOIT :
La pilule bleue devient rouge [DEVIENT]
Le drapeau rouge est bleu [C’est louche]
Mais le noir est blanc [tant mieux]
Puisque le Blanc est Noir.

Photo © Jean Fraipont

À tout jamais

J’constate nos super-pouvoirs
Mais j’ai peur qu’on s’tâte (de ne plus pouvoir)

J’esquisse ces âmes en peine. En quête d’Amân
J’amadou pas ses fils ad vitam aeternam ; on se peine.
Gratter la dune sans faire le kleptomane (fils) ;
Mélomane, j’mets l’mal à l’intérieur d’une bouteille (sans vice) ;
Perdre. Merde, ils ont peur d’eux-mêmes !
Même si y a plus de restes, faut que j’vise l’Everest.
Je m’appareille, pendant que t’es faussé par l’appareil ;
J’suis presque à la Fosse des Mariannes
Pardon, laissez-moi passer Madame …

Dans la journée, c’est la paresse,
Paraît que j’arrive plus à respirer dans la luminosité.
On s’perçoit comme des rois morts
Avec l’aorte en danger sur l’chantier ;
Batailles hors du trépas, mec
Sache que j’m’en fais pas.
Dans les tréfonds jusqu’à la fin du tourment séculaire ;
Donc jamais, hein ? C’est pas vrai ? C’est péninsulaire.

Fais l’tour, mens bien, c’est mortel.
Dans c’flou, tout est cruel.
Ouais, c’est gargantuesque :
Faut qu’on s’baise, faut qu’on plaise.
Inventorié par le père de Pantagruel,
Je prépare mon barillet.

On s’est perçu entre les zombis ;
Juste un regard, mais la certitude de s’être compris.
J’fais le grand écart au bord de la falaise …
Loin de ces porcs, tout m’apaise.